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dimecres, 15 de gener de 2014
SOCRATES OU LA VIE DANS LE BOIS DE BOULOGNE AVEC LES BOS LES HOBOS E LES BOYS DE BOULOGNE - A LIVRE LANÇADO PELA AFUNDAÇÃO MÁ RIO SÓ ARES DE RUI RIO..O NOVO MESSIAS PARA 2016 OU 2018 OU MESMO PARA 2020 SE NÃO QUINAR ANTES
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cavaco silva tamém não
L’étang de Walden.
« Un lac est le trait le plus beau et le plus expressif du paysage. C’est l’œil de la terre, où le spectateur, en y plongeant le sien, sonde la profondeur de sa propre nature. »
— Chapitre IX, « Les étangs »
Fin 1844, le philosophe Ralph Waldo Emerson, ami et mentor de Thoreau, achète un terrain autour de l’étang de Walden (situé à Concord, dans le Massachusetts, aux États-Unis) et le met à sa disposition. Thoreau souhaite en effet se retirer au calme pour écrire, bien qu’il ne demeure pas toujours seul ; de nombreux amis (dont William Ellery Channing qui séjourne avec lui à l’automne 1845) ainsi que des admirateurs lui rendent souvent visite. D’après Michel Granger, Thoreau se retire à Walden Pond car il a cherché à disparaître momentanément de la vie de Concord, sa ville natale. Avec son ami Edward Hoar, en mars 1844, il a en effet mis le feu par inadvertance à une partie de la forêt voisine. D’autre part et outre cette volonté de redevenir respectable, « la plus forte motivation de Thoreau était de nature historique : il voulait reconstituer sa « demeure dans l’état où elle était il y a trois siècles » avant l’irruption de l’homme blanc sur le sol américain ». Toutefois, selon Leo Stoller, c’est un profond dégoût pour la société des hommes, et particulièrement pour les habitants de Concord, qui conduit Thoreau à « refuser leur existence occupée à poursuivre la subsistance quotidienne, pervertissant de fait leur liberté dans le désespoir ».
En mars 1845, Thoreau commence donc la fabrication d’une cabane de pin. Ses dimensions sont de 3 × 4,5 m soit 13 m. Elle est située sur les rives de l’étang, à 2,4 km de sa maison natale. Il dort dans sa cabane dès la nuit du 4 juillet 1845, jour anniversaire de la Déclaration d’Indépendance aux États-Unis. Pour Michel Granger, il s’agit de « l’acte fondateur de sa célébrité [qui] tient à la décision de s’installer un peu à l’écart de Concord en 1845 : il s’est déplacé hors du village, s’est excentré symboliquement ». Si Thoreau fait tout pour donner une impression d’éloignement d’avec le monde des hommes, il n’en est en réalité rien puisque sa cabane ne se situe qu’à 1 mile de Concord. Mais ce déplacement « suffit à le sortir de l’ornière sociale dans laquelle il souffre d’un manque de liberté ». Il ne s’agit alors pas d’une fugue (l’écrivain vivait auparavant chez son père) ou d’une vie d’ermite (puisque Thoreau revenait souvent voir ses amis) mais d’un choix délibéré. C’est le début d’une expérience qui dure « deux ans, deux mois et deux jours », menée en autarcie et pendant laquelle Thoreau lit, écrit, étudie la nature et cultive ses propres légumes. Il a ainsi planté 1 hectare de pommes de terre, de fèves, de blé et de maïs.
« Je possède ainsi une maison recouverte étroitement de bardeaux et de plâtre, de dix pieds de large sur quinze de long, aux jambages de huit pieds, pourvue d’un grenier et d’un appentis, d’une grande fenêtre de chaque côté, de deux trappes, d’une porte à l’extrémité, et d’une cheminée de briques en face. »
— Chapitre I, « Économie »
Lors de son séjour à Walden Pond, Thoreau tient son journal à partir duquel il écrit Walden ou la Vie dans les bois. Il débute aussi la rédaction de Une Semaine sur les rivières Concord et Merrimack (A Week on the Concord and Merrimack Rivers, 1849), son premier succès littéraire et son premier écrit témoin d’« une quête d’autonomie » et qui doit être aussi une commémoration faite à son frère John, mort en 1842. L’écriture de Walden prendra plusieurs années et cumulera huit versions manuscrites. Thoreau veut vivre simplement, et seul, dans les bois, y mener « une vie de simplicité, d’indépendance, de magnanimité, et de confiance », mettre en application son « principe d’extra-vagance. » Toutefois, l’authenticité de l’expérience réellement solitaire de Thoreau a été remise en cause. En effet, selon Michel Granger, le « lecteur peut tomber dans l’illusion créée par l’écriture [et] croire que Thoreau vivait en sauvage alors qu’il allait tous les jours à Concord voir ses amis et que les bois étaient fréquentés et exploités ». Il prône l’autodiscipline, du corps et de l’esprit. Thoreau refuse de chasser les animaux sauvages ou de consommer de leur viande. En plus d’être abstème et adepte du végétarisme, de refuser de fumer, de boire et de renoncer au thé et au café, il fait l’éloge de la chasteté et du travail. Walden se pense ainsi pour Thoreau comme la « leçon [qu'il] est concevable, et même essentiel, que tous les hommes parviennent à leur pleine dignité d’êtres humains sans se couper de leurs racines naturelles, ni oublier leur place naturelle sur la terre ».
Lieu où Thoreau édifia sa hutte.
Chapitres[modifier | modifier le code]
Walden se compose de 18 chapitres alternant récit autobiographique, réflexions tendant vers l’essai, poèmes et descriptions naturalistes.
Panorama photographique du Thoreau’s Memorial à Walden Pond.
XV – Animaux d’hiver (Winter Animals) Thoreau s’amuse à regarder la vie sauvage durant l’hiver. Il relate ses observations sur les hiboux, lièvres, écureuils roux, souris et différents oiseaux, et la manière dont ils chassent, chantent, et mangent les petits morceaux et le maïs qu’il leur a laissés. Il décrit aussi la chasse au renard qui passe à côté de sa cabane.
Présenté comme une narration biographique authentique et quasi spontanée, Walden est en réalité un livre consciemment travaillé. « L’archéologie du texte, ou étude de l’avant-texte, permet de découvrir (…) que Thoreau s’est éloigné du simple compte-rendu de son séjour dans les bois tel qu’il l’annonce dans « Économie ». Les nombreuses transformations, ajouts et ratures, révèlent les hésitations, les possibilités multiples qui se sont présentées, et laissent apparaître la contingence minant ce que le narrateur veut présenter comme l’œuvre d’un sujet unifié, pleinement maître de son destin » explique Michel Granger. Thoreau ambitionne d’expliquer son comportement, celui qui le conduit à rechercher l’isolement, par l’écriture d’un roman à dimension autobiographique. Walden est alors un ouvrage de justification, et dont les réécritures sont largement influencées par les questions des contemporains de Thoreau qui lui ont été délivrées à la suite de son geste de retrait. C’est en effet une conférence, donnée en 1847 et intitulée « Histoire de moi-même », à Concord, qui procure à Thoreau les quelques éléments qui forment le début actuel de Walden. Cependant, dès 1838, Thoreau avait le projet d’écrire un poème sur Concord qui aurait détaillé le paysage, dont l’étang de Walden.
De nombreux chapitres ou passages proviennent du Journal de Thoreau. Shanley cite, par exemple, le chapitre « Le Printemps ». Il en déduit donc que la part du biographique spontané y est peu représentée et que les chapitres « ne sont donc pas des transcriptions chronologiques de sa vie à l’étang. » La composition chronologique s’appuie au contraire sur les notations spontanées du Journal. Il semble que Thoreau ait voulu faire de Walden non un roman du retour à la nature (« la vie dans les bois ») mais bien un écrit de « naturalisation » de la pensée et du langage. D’ailleurs, toujours selon James Shanley, Thoreau décide en 1862 de biffer le sous-titre de la première édition (« Ou la vie dans les bois ») afin de « supprimer une fausse annonce de piste » et ainsi de garder la résonance poétique de « Walden », pour éviter que le livre ne soit lu de façon trop littérale. Le manuscrit est donc complexe dans sa genèse et James Shanley a retracé la chronologie des sept versions de Walden :
II et III en 1848-49 ;
IV modifications profondes et extension en 1852 ;
V introduction des titres de chapitres en 1853 ;
VI de fin 1853 à début 1854 ;
VII de février à mars 1854 ;
VIII version « bon à tirer » pour l’imprimeur en avril-mai 1854.
Ces diverses versions renseignent sur le travail stylistique apporté par Thoreau : « l’important avant-texte de Walden prouve que Thoreau a hésité, travaillé, s’est laissé emporter par la force des formules concises, la musique rythmée des mots ou le pouvoir de séduction d’une métaphore. » Le travail des phrases et des tropes est en effet constant, d’une version à l’autre — le manuscrit a plus que doublé de volume après 1847 — la structure de l’ouvrage étant esquissée dès le départ. Ce travail, « retravaillé pendant une période qui excède largement le séjour dans les bois », en pointillé, fait du manuscrit une production hétérogène et discontinue, « une mosaïque, [ou] le collage d’une multitude de fragments autonomes. » et qui n’a rien d’une « création linéaire » mais qui tient bien plutôt « du recyclage et de l’assemblage de fragments autonomes. »
Carte de l’étang de Walden présentant, tout autour du plan d’eau, les sites relatifs au passage de Henry David Thoreau : la baie qui porte son nom, le site de sa cabane, celui où sa cabane fut reconstituée et le site où il cultive ses haricots. Une rose des vents en bas de la carte permet de donner la direction. Une flèche en haut indique que le village de Concord est au nord. Sur la gauche, la ligne ferroviaire Concord-Fitchburg passe à proximité de l’étang.
Carte de l’étang de Walden, avec les sites relatifs au passage de Henry David Thoreau.
Agrandissez cette image
L’édition de Walden comporte une carte de l’étang et de ses environs immédiats réalisée par Thoreau. Unique illustration dans l’ouvrage, ce plan dévoile les talents, réels, de cartographie de Thoreau. La finalité de cette carte est de prouver que Thoreau a bien effectué le sondage (« sounding ») de l’étang, action principale du chapitre XVI, « L’étang en hiver », au moyen de « boussole, chaîne et sonde. » Thoreau a ajouté en effet à sa carte une vue en coupe du lac, suivant ses sondages réguliers. Profitant de l’hiver, il effectue des trous à intervalles réguliers pour sonder la profondeur de l’étang, mystère qui enflammait son imagination depuis son arrivée. La découverte de cette profondeur devient par la suite un symbole de pureté et de transparence, à la fois matérielles et spirituelles.
Souvent abrégé par Walden, le récit Walden ou la Vie dans les bois (Walden or Life in the woods) est l’œuvre majeure de Thoreau, celle que le public retient continuellement. Ce n’est ni un roman ni une véritable autobiographie mais une critique du monde occidental et industrialisé, le récit d’un « voyageur immobile », chaque chapitre abordant un aspect de l’humanité sous le style du pamphlet ou de l’éloge. Pour Kathryn VanSpanckeren, Walden est « un guide de vie selon l’idéal classique. Mêlant poésie et philosophie, ce long essai met le lecteur au défi de se pencher sur sa vie et de la vivre dans l’authenticité. La construction de la cabane, décrite en détail, n’est qu’une métaphore illustrant l’édification attentive de l’âme ».
Signature de Henry David Thoreau.
Walden est aussi une œuvre de restauration intime, l’appel à une reconnaissance individuelle et narcissique : « l’installation à Walden est une sorte de déclaration d’indépendance, (…) il se rend intéressant, suscite la curiosité, devient centre d’intérêt. » Il a voulu, selon Stanley Cavell, « se placer », afin de mieux habiter le monde. Frederick Garber parle, se référant à la pensée de Heidegger, de at-homeness, de son effort pour se créer un chez-soi dans le monde. Dans Walden, Thoreau fait de son existence quotidienne, banale et modelée sur le rythme de la nature, le moyen d’accéder à une connaissance plus affinée de soi : « son œuvre est en grande partie autoréférentielle, comme si la banalité de sa vie n’avait pas été un obstacle pour parler de soi ».
Walden répond au besoin de restauration d’estime de soi de Thoreau, en comblant sa faculté imaginative. Ainsi, l’écrivain adopte plusieurs masques au gré du roman. Après l’épisode de la prison, Thoreau se met en scène et crée son personnage de reclus, qui est « une interprétation de Thoreau, différant des positions observables dans le Journal, par laquelle il représente en action la conscience qu’il a de soi », puis il endosse les traits du philosophe observateur détaché, et, dès lors, « protégé par ce masque aux traits idéalisés, Thoreau se considère présentable, ose affronter des lecteurs ». L’idéalisation de la vie naturelle, de la communion avec les animaux, prend ainsi le pas sur le travail biographique pur. « L’écriture de Walden fut à l’origine celle du Journal, ouvertement autoréférentielle, sans pour cela être autobiographique, puisque la relation quotidienne de quelques événements et pensées reste trop fragmentaire pour constituer la synthèse rétrospective » du tracé de sa vie.
En dépit de ces diverses causes externes, il semble que ce soit un besoin personnel qui ait motivé le geste de Thoreau. Il s’agit dans un premier temps de réconcilier réalité et idéal. Selon Leo Stoller en effet, le jeune Thoreau d’avant Walden demeure pétri d’un idéalisme platonicien, marqué par la division entre le désir et la réalité alors que celui transformé par la retraite volontaire est plus mature et plus consensuel. Ce « conflit entre spiritualité et univers sensoriel » est, selon Alain Suberchicot, « l’un des paradigmes de l’écriture d’environnement » propre à Thoreau. Le symbole de cette recherche d’unité est le sondage du fond de Walden Pond entrepris au chapitre XVI (« L’étang en hiver ») et par lequel Thoreau réconcilie une vision mystique de la nature avec celle plus pragmatique. Thoreau prend dès lors conscience que la Terre a une profondeur et une complexité, à son image. Cet accomplissement, que Leo Stoller nomme la « doctrine de la correspondance » est la condition première d’un regard neuf sur la nature mêlant mysticisme et science ; par l’écriture, Thoreau crée la « présence sans présence » de la conscience écologique.
Qualifié par Maurice Couturier d’« essai narratif » car étant à la croisée de plusieurs genres littéraires, Walden est un roman hybride difficile à classer, un « patchwork textuel ». En raison de cette part du discours narratif, James Shanley considère l’ouvrage comme tenant davantage du roman que de l’autobiographie : « Walden n’est pas une chronique datée de deux années passées par Thoreau dans les bois ; ce n’est pas non plus un manuel sur la façon de vivre seul en dépensant peu d’argent, manuel qui serait organisé en rubriques séparées et bien définies ; ni un argument construit de manière rigoureuse en vue de montrer qu’il avait raison et que les autres avaient tort. C’est plutôt une combinaison exceptionnelle des trois : chronique, essai didactique et argumentation visant à convaincre ».
Selon Stanley Cavell, Walden est un « livre héroïque », dans la lignée de ceux de John Milton et qui est aussi l’épopée moderne des États-Unis. « L’écrivain emboîte le pas à la grande tradition de la poésie anglaise » et encore romantique ; il s’inspire de la révolution française comme évènement épique contemporain. La « retraite littéraire » de Thoreau ressemble de près à celle des romantiques, elle « engendre une version du « saint visible », comme les Congrégationalistes puritains appelaient le membre de l’assemblée des fidèles ». La confrontation agonistique que le narrateur thoreauvien établit entre lui et le monde des hommes, symbolisé par le village de Concord, le place ipso facto dans la posture romantique de l’individu en marge des lois et de l’État. Il fait remarquer d’ailleurs, non sans ironie, que sa cabane est installée à proximité du siège d’une bataille. L’identification, très souvent convoquée, avec l’Indien, locataire d’un continent américain encore vierge, appartient également au registre lyrique propre à Thoreau.
« Héraclès combattant le géant Antée », détail d’un cratère attique d’Euphronios (musée du Louvre — G103).
Thoreau semble s’être bâti une fiction, en « jouant à l’Indien dans les bois » et en s’identifiant souvent au mythe grec d’Antée, en particulier lorsqu’il cultive son champ de haricots. Le narrateur se représente également souvent à Robinson Crusoë quand il utilise son isolement pour rebâtir un monde à partir des éléments que lui offre la nature. Pour Michel Granger, Walden est plus proche de la robinsonnade que de l’autobiographie, même romancée. Les actions de Thoreau revêtent par conséquent une dimension héroïque, comme autant de « gestes spectaculaires » qui constituent une extériorisation de soi permettant de s’observer, comme « dans un miroir déformant ». Michel Granger parle ainsi de Walden comme d’une « déformation grandiloquente » de la part de son auteur.
Le philosophe Stanley Cavell parle du « pouvoir dialectique du livre », de « sa capacité à se commenter soi-même et à se mettre soi-même en situation », pouvoir semblable à ceux des écrits de Marx, Kierkegaard et Nietzsche.« Une fois dedans, il semble qu’il n’y aura pas de fin ; dès que vous vous accrochez à un mot il se fractionne ou se multiplie en d’autres mots » ajoute-t-il. Outre la recherche d’une langue claire et efficace, la dimension philosophique passe surtout par les nombreuses dénonciations en règle de la société établies par Thoreau. « Le territoire de Walden constitue une aire de fuite où le narrateur récuse un principe fondateur de la société américaine, la propriété » et que symbolise notamment le personnage du fermier Flint, qui a donné son nom à un lac des environs, sous le prétexte qu’il en est le propriétaire. Tel est également le sens donné à son refus d’acheter une ferme, contrat qui aliénerait sa liberté.
Article détaillé : Nature writing.
« Scribe de la nature », Thoreau a créé, à travers Walden un genre littéraire nouveau, dont on peut cependant retrouver déjà les traces dans les écrits du vicaire naturaliste Gilbert White qui l’influence : le nature writing. Pour Alain Suberchicot, l’écriture d’environnement a été marquée par trois phases dont la première s’épanouit avec Henry-David Thoreau, John Muir, John Burroughs et Gifford Pinchot, aux alentours de la fin du XIX siècle, aux États-Unis. Ce genre, appelé également le « pastoralisme » (pastoralism) par Lawrence Buell, se distingue par le fait que la nature y est l’objet principal de l’écriture. La rédaction d’un journal est aussi un trait générique mais l’élément essentiel est que la nature occupe une place revalorisée. Dans Walden, la nature est un pôle positif face à celui, négatif, de l’homme. Sur ce point, Thoreau est à contre courant de son époque car, pour les puritains, la forêt est un lieu maléfique. Le travail poétique de Thoreau vise même à neutraliser cette dichotomie fondamentale entre le monde humain d’une part et le monde non-humain d’autre part et « constamment il montre que la distinction humain/non-humain, fondée sur des préjugés, est bien ténue ; dans sa vision, la nature s’humanise, tandis que l’homme valorisé se naturalise. »
La spécificité narratologique de Walden est la coprésence, subtile, de plusieurs instances narratives. Richard Lebeaux parle des « persona de Walden ». La première, la plus identifiable, est celle d’un Thoreau idéalisé et sûr de lui. L’écrivain met en scène « son personnage littéraire à des moments qui se prêtent à la narration », lui accordant une voix narrative, celle attachée aux effusions lyriques et élégiaques. La multiplicité des identités auctoriales regroupe également un Thoreau biographe (lorsqu’il évoque son emprisonnement pour avoir refusé de payer un impôt par exemple), un Thoreau-Indien ou encore un Thoreau mythologisé (Antée). L’instance narrative s’animalise également, s’identifiant tour à tour au porc lorsqu’il se sent un groin pour creuser, au plongeon nocturne, au coq solaire, à l’alose, autant d’avatars revêtus par Thoreau pour se penser au sein de la nature.
Portrait de Henry David Thoreau en 1856.
Stanley Cavell veut « reconnaître les identités spécifiques de l’écrivain à travers ses métamorphoses, et de décider quels auditeurs en moi ces identités interpellent, et donc engendrent ». Le narrateur est en effet difficilement identifiable tant la polyphonie des voix multiplie les identités et, dès lors, « le narrateur désigne l’instance subjective de Walden, même si elle est susceptible de différer en certains lieux de l’œuvre de l’auteur Thoreau ». Il est néanmoins perceptible une certaine tendance au dédoublement auctorial et, pour, Maurice Couturier, « Walden est une quête d’une rhétorique permettant à l’écrivain de se dire en se dédoublant ». Face à ce narrateur idéal, se tient un lecteur idéalisé mais pourtant méprisé ; s’excusant, au début du récit, auprès du lecteur (qu’il assimile à un poor student, un étudiant pauvre), peu assuré, Thoreau-narrateur prend peu à peu de l’assurance et endosse un rôle autoritaire et moral, voire prend une « distance olympienne ». Pourtant, cette posture assurée n’est possible qu’avec l’écriture de Walden puisque auparavant Thoreau n’excellait pas à l’oral, dans ses conférences.
La « langue paternelle » que revendique Thoreau « n’est ni un nouveau lexique, ni une syntaxe nouvelle à notre disposition, mais précisément un ré-investissement dans les syllabes incontournables ». D’ailleurs, selon Stanley Cavell, « le livre s’adosse à la tradition de la poésie topographique. » La recherche d’un média linguistique qui évoque l’essence des choses est constante dans Walden. Ceci passe par la redécouverte des mots précis, des étymologies et des échos stylistiques (prosonomasie) entre les mots. « Les dénombrements sans fin des mots de Walden font [ainsi] partie de son entreprise de sauvetage du langage. » Thoreau rêve d’une « parole-écriture végétale qui ne serait lue ou entendue que par les oiseaux ou les anges ». Le secret de cette langue est possédé par les animaux du bois et par l’étang de Walden et « tout le livre parle du recouvrement prestigieux et possible d’une langue adamique, celle d’une profération poétique où les mots seraient adéquats aux choses. Il s’ensuit que l’animal, de par le fait qu’il est plus proche de la nature, détiendrait le secret de ce babil ancien et mimologique parlé à l’aube des temps. » Il existe donc deux langages : l’un maternel et l’autre paternel ; l’homme doit réapprendre à les parler. Proche de ce que sera plus tard la philosophie de Wittgenstein, Thoreau fait de Walden « une éducation à l’âge adulte pour redonner sens aux mots » ; Walden est ainsi « une entreprise de réappropriation du langage, (…) exactement comme le Tractatus-philosophicus, une entreprise de réhabilitation du langage par le silence. »
La référence poétique, au sens de réflexion sur l’activité et la finalité de l’écriture, est constante dans Walden. « Les travaux des champs servent [ainsi] de trope à l’écrivain, notamment la métaphore du sarclage qui est une mise en image de son travail d’écriture. » Cette introspection, au sein de l’acte d’écrire, n’est possible, selon Thoreau, que par l’activité qui en forme le pendant : la lecture. « Dans Walden la lecture n’est pas simplement l’autre face de l’écriture, sa destination attendue ; c’est une autre métaphore de l’écriture même. » Cette possibilité de dépasser la linéarité du langage est permise par la poésie seule, qui s’apparente pour Thoreau à « un catalogue du paysage ». Le poème liminaire à l’ouvrage, intitulé Concord, forme ainsi son projet d’écriture. La narration de l’ouvrage « soumet sa temporalité au déroulement régulier des saisons », le récit donnant en effet l’impression de se dérouler pendant un an alors que l’expérience réelle de Thoreau dura deux ans et deux mois. Ce procédé lui permet de condenser son expérience et d’en dégager une portée édifiante.
Porra, afinal o que aconteceu ?, e quem é que mente ?