divendres, 26 de desembre de 2014

Je suis natif de la Gueldre. Notre patrimoine se réduit à quelques acres de bruyère et d’eau jaune. Des pins croissent sur la bordure, qui frémissent avec un bruit de métal. La ferme n’a plus que de rares chambres habitables et meurt pierre à pierre dans la solitude. Nous sommes d’une vieille famille de pasteurs, jadis nombreuse, maintenant réduite à mes parents, ma sueur et moi-même. Ma destinée, assez lugubre au début, est devenue la plus belle que je connaisse : j’ai rencontré Celui qui m’a compris ; il enseignera ce que je suis seul à savoir parmi les hommes. Mais longtemps j’ai souffert, j’ai désespéré, en proie au doute, à la solitude d’âme, qui finit par ronger jusqu’aux certitudes absolues. Je vins au monde avec une organisation unique. Dès l’abord, je fus un objet d’étonnement. Non que je parusse mal conformé : j’étais, m’a-t-on dit, plus gracieux de corps et de visage qu’on ne l’est d’habitude en naissant. Mais j’avais le teint le plus extraordinaire, une espèce de violet pâle – très pâle, mais très net. À la lueur des lampes, surtout des lampes à huile, cette nuance pâlissait encore, devenait d’un blanc étrange, comme d’un lis immergé sous l’eau. C’est, du moins, la vision des autres hommes : car moi-même je me vois différemment, comme je vois différemment tous les objets de ce monde. À cette première particularité s’en joignaient d’autres qui se révélèrent plus tard. Quoique né avec les apparences de la santé, je grandis péniblement. J’étais maigre, je me plaignais sans cesse ; à l’âge de huit mois, on ne m’avait pas encore vu sourire. On désespéra bientôt de m’élever. Le médecin de Zwartendam me déclara atteint de misère physiologique : il n’y vit d’autre remède qu’une hygiène rigoureuse. Je n’en dépérissais pas moins ; on s’attendait, de jour en jour, à me voir disparaître. Mon père, je crois, s’y était résigné, peu flatté dans son amour-propre – son amour-propre hollandais d’ordre et de régularité – par l’aspect bizarre de son enfant. Ma mère, au rebours, m’aimait en proportion même de ma bizarrerie, ayant fini par trouver aimable la teinte de ma peau. Les choses en étaient là, lorsqu’un événement bien simple me vint secourir : comme tout devait être anormal pour moi, cet événement fut une cause de scandale et d’appréhensions. Au départ d’une servante, on prit pour la remplacer une vigoureuse fille de la Frise, pleine d’ardeur au travail et d’honnêteté, mais encline à la boisson. Je fus confié à la nouvelle venue. Me voyant si débile, elle imagina de me donner, en cachette, un peu de bière et d’eau mêlée de schiedam, remèdes, selon elle, souverains contre tous les maux. Le plus curieux, c’est que je ne tardai pas à reprendre des forces, et que je montrai dès lors une prédilection extraordinaire pour les alcools. La bonne fille s’en réjouit secrètement, non sans goûter quelque plaisir à intriguer mes parents et le docteur. Mise au pied du mur ; elle finit par dévoiler le mystère. Mon père entra dans une violente colère, le docteur cria à la superstition et à l’ignorance. Des ordres sévères furent donnés aux servantes ; on retira ma garde à la Frisonne. Je recommençai à maigrir, à dépérir, jusqu’à ce que, n’écoutant que sa tendresse, ma mère m’eût remis au régime de la bière et du schiedam. Incontinent, je repris vigueur et vivacité. L’expérience était concluante l’alcool se dévoilait indispensable à ma santé. Mon père en éprouva de l’humiliation ; le docteur se tira d’affaire en ordonnant des vins médicinaux, et depuis ma santé fut excellente : on ne se fit pas faute de me prédire une carrière d’ivrognerie et de débauche. Peu après cet incident, une nouvelle anomalie frappa mon entourage. Mes yeux, qui tout d’abord avaient paru normaux, devinrent étrangement opaques, prirent une apparence cornée, comme les élytres de certains coléoptères. Le docteur en augura que je perdais la vue ; il avoua toutefois que le mal lui semblait absolument bizarre et tel qu’il ne lui avait jamais été donné d’en étudier de semblable. Bientôt la pupille se confondit tellement avec l’iris, qu’il était impossible de les discerner l’un de l’autre. On remarqua, en outre, que je pouvais regarder le soleil sans en paraître incommodé. À la vérité, je n’étais nullement aveugle, et même il fallut finir par avouer que j’y voyais fort convenablement. J’arrivai ainsi à l’âge de trois ans. J’étais alors, selon l’opinion de notre voisinage, un petit monstre. La couleur violette de mon teint avait peu varié ; mes yeux étaient complètement opaques. Je parlais mal et avec une rapidité incroyable. J’étais adroit de mes mains et bien conformé pour tous les mouvements qui demandent plus de prestesse que de force. On ne niait pas que j’eusse été gracieux et joli, si j’avais eu le teint naturel et les prunelles transparentes. Je montrais de l’intelligence, mais avec des lacunes que mon entourage n’approfondit pas ; d’autant que, sauf ma mère et la Frisonne, on ne m’aimait guère. J’étais pour les étrangers un objet de curiosité, et pour mon père une mortification continuelle. Si, d’ailleurs, celui-ci avait conservé quelque espoir de me voir redevenir pareil aux autres hommes, le temps se chargea de le dissuader. Je devins de plus en plus étrange, par mes goûts, par mes habitudes, par mes qualités. À six ans, je me nourrissais presque uniquement d’alcool. À peine si je prenais quelques bouchées de légumes et de fruits. Je grandissais prodigieusement vite, j’étais incroyablement maigre et léger. J’entends léger même au point de vue spécifique – ce qui est justement le contraire des maigres : ainsi, je nageais sans la moindre peine, je flottais comme une planche de peuplier. Ma tête n’enfonçait guère plus que le reste de mon corps. J’étais leste en proportion de cette légèreté. Je courais avec la rapidité d’un chevreuil, je franchissais facilement des fossés et des obstacles que nul homme n’eût seulement essayé de franchir. En un clin d’œil, j’atteignais la cime d’un hêtre ; ou, ce qui surprenait encore plus, je sautais sur le toit de notre ferme. En revanche, le moindre fardeau m’excédait. * * * Tout cela, en somme, n’était que des phénomènes indicatifs d’une nature spéciale, qui n’eussent, par eux-mêmes, contribué qu’à me singulariser et à me faire mal venir : aucun ne me classait en dehors de l’Humanité. Sans doute, j’étais un monstre, mais certes pas autant que ceux qui naissent avec des cornes ou des oreilles de bête, une tête de veau ou de cheval, des nageoires, point d’yeux ou un œil supplémentaire, quatre bras, quatre jambes, ou sans bras ni jambes. Ma peau, malgré sa nuance surprenante était bien près de n’être qu’une peau hâlée ; mes yeux n’avaient rien de répugnant, malgré leur opacité. Mon agilité extrême était une qualité ; mon besoin d’alcool pouvait passer pour un simple vice, une hérédité d’ivrogne : les rustres, d’ailleurs, comme notre servante Frisonne, n’y voyaient qu’une confirmation de leurs idées sur la « force » du schiedam, une démonstration un peu vive de l’excellence de leurs goûts. Quant à la vitesse de ma parole, à sa volubilité, qu’il était impossible de suivre, cela semblait se confondre avec les défauts de prononciation – bredouillement, zézaiement, bégaiement – communs à tant de petits enfants. Je n’avais donc, à proprement dire, pas de caractères marqués de monstruosité, quoique l’ensemble fût extraordinaire : c’est que le plus curieux de ma nature échappait à mon entourage, car nul ne se rendait compte que ma vision différait étrangement de la vision normale. Si je voyais moins bien certaines choses que les autres, j’en voyais un grand nombre que personne ne voit. Cette différence se manifestait spécialement devant les couleurs. Tout ce qu’on dénomme rouge, orange, jaune, vert, bleu, indigo, m’apparaissait d’un gris plus ou moins noirâtre, tandis que je percevais le violet, et une série de couleurs au-delà, des couleurs qui ne sont que nuit pour les hommes normaux. J’ai reconnu plus tard que je distingue ainsi une quinzaine de couleurs aussi dissemblables que, par exemple, le jaune et le vert – avec, bien entendu, l’infini des dégradations. En second lieu, la transparence ne se manifeste pas à mon œil dans les conditions ordinaires. Je vois médiocrement à travers une vitre et à travers l’eau : le verre est très coloré pour moi ; l’eau l’est sensiblement même sous une faible épaisseur. Beaucoup de cristaux dits diaphanes sont plus ou moins opaques, au rebours, un très grand nombre de corps dits opaques n’arrêtent pas ma vision. En général, je vois au travers des corps beaucoup plus fréquemment que vous ; et la translucidité, la transparence trouble, se présente si souvent que je puis dire qu’elle est, pour mon œil, la règle de la nature, tandis que l’opacité complète est l’exception. C’est ainsi que je discerne les objets à travers le bois, les feuilles, les pétales des fleurs, le fer magnétique, la houille, etc. Cependant, sous une épaisseur variable, ces corps deviennent un obstacle : tel un gros arbre, un mètre d’eau en profondeur, un épais bloc de houille ou de quartz. L’or, le platine, le mercure sont noirs et opaques, la glace est noirâtre. L’air et la vapeur d’eau sont transparents, et pourtant colorés, ainsi que certains échantillons d’acier, certaines argiles très pures. Les nuages ne m’empêchent pas d’apercevoir le soleil ni les étoiles. D’ailleurs, je distingue nettement les mêmes nuages suspendus dans l’atmosphère. Cette différence de ma vision avec celle des autres hommes était, comme je l’ai dit, très peu remarquée par mes proches : on croyait que je distinguais mal les couleurs, voilà tout ; c’est une infirmité trop commune pour attirer beaucoup l’attention. Elle était sans conséquence pour les menus actes de ma vie, car je voyais les formes des objets de la même manière – et peut-être plus subtilement – que la majorité des hommes. La désignation d’un objet par sa couleur, lorsqu’il fallait le différencier d’un autre objet de même forme, ne m’embarrassait que s’ils étaient nouveaux. Si quelqu’un appelait bleu la couleur d’un gilet et rouge celle d’un autre, peu importaient les couleurs réelles sous lesquelles ces gilets m’apparaissaient : bleu et rouge devenaient des termes purement mnémoniques. D’après cela, vous pourriez croire qu’il y avait une manière d’accord entre mes couleurs et celles des autres, et qu’alors cela revenait au même que si j’avais vu leurs couleurs. Mais, comme je l’ai écrit déjà, le rouge, le vert, le jaune, le bleu, etc., quand ils sont purs, comme le sont les couleurs du prisme, je les perçois d’un gris plus ou moins noirâtre ; ce ne sont pas des couleurs pour moi. Dans la nature, où aucune couleur n’est simple, il n’en est pas de même : telle substance dite verte, par exemple, est pour moi d’une certaine couleur composée [1] ; mais une autre substance dite verte, et qui est pour vous identiquement de la même nuance que la première, n’est plus du tout de la même couleur pour moi. Vous voyez donc que mon clavier de teintes n’a pas de correspondances avec le vôtre : quand j’accepte d’appeler jaune à la fois du laiton et de l’or, c’est un peu comme si vous acceptiez de nommer rouge un bleuet aussi bien qu’un coquelicot.L'action se passe il y a 6000 ans environ, dans la région d'un grand lac Suisse. Des conquérants venu d'Asie, à la peau brune et aux cheveux noirs, ont établi sur ce lac quelques villages lacustres, repoussant dans les montagnes les européens blonds aux yeux bleus qui vivaient là avant eux. Dans l'un de ces villages, Eyrimah, jeune européenne de la montagne, est l'esclave de Ver-Skag. In-Kelg, fils de Rob-Sen, est amoureux d'elle, mais leur amour est interdit. Une nuit, Ver-Skag entre dans la pièce où dort Eyrimah et tente de la violer. Eyrimah s'enfuit du village lacustre, et essaie de rejoindre ceux de sa race, dans la montagne.VAMIREH ROMAN DES TEMPS PRIMITIFS OEUVRES DE J.-H. ROSNY Nell Horn. Roman de mœurs londoniennes. Le Bilatéral. Roman de mœurs révolutionnaires parisiennes. Marc Fane. Roman parisien. Les Corneilles. Roman. L'Immolation. Les Xipéhuz. Merveilleux préhistorique. La Légende sceptique. Le Termite. Roman de mœurs littéraires. Daniel Valgraive. Roman. CONTRA A DITADURA LITERÁRIA DE ZOLA..... Manifeste des Cinq ou ce que certains en pensaient à l'époque * Notes * A Emile Zola. Naguère encore, Emile Zola pouvait écrire sans soulever de récriminations sérieuses qu'il avait avec lui la jeunesse littéraire. Trop peu d'années s'étaient écoulées depuis l'apparition de L'Assommoir, depuis les fortes polémiques qui avaient consolidé les assises du Naturalisme, pour que la génération montante songeât à la révolte. Ceux-là même que lassait plus particulièrement la répétition énervante des clichés se souvenaient trop de la trouée impétueuse faite par le grand écrivain, de la déroute des romantiques. On l'avait vu si fort, si superbement entêté, si crâne, que notre génération, malade presque tout entière de la volonté, l'avait aimé rien que pour cette force, cette persévérance, cette crânerie. Même les pairs, même les précurseurs, les maîtres originaux, qui avaient préparé de longue main la bataille prenaient patience en reconnaissance des services passés. Cependant, dès le lendemain de L'Assommoir, de lourdes fautes avaient été commises. Il avait semblé aux jeunes que le maître, après avoir donné le branle, lâchait pied, à l'exemple de ces généraux de révolution dont le ventre a des exigences que le cerveau encourage. On espérait mieux que de coucher sur le champ de bataille, on attendait la suite de l'élan, on espérait de la belle vie infusée au livre, au théâtre, bouleversant les caducités de l'art. Lui, cependant, allait creusant son sillon, il allait, sans lassitude, et la jeunesse le suivait, l'accompagnait de ses bravos, de sa sympathie si douce aux plus stoïques, il allait, et les plus vieux ou les plus sagaces fermaient dès lors les yeux, voulaient s'illusionner, ne pas voir la charrue du maître s'embourber dans l'ordure. Certes, la surprise fut pénible de voir Zola déserter, émigrer à Médan, consacrant les efforts - légers à cette époque - qu'on eût demandés à un organe de lutte et d'affermissement, à des satisfactions d'un ordre infiniment moins esthétique. N'importe, la jeunesse voulait pardonner la désertion physique de l'homme! Mais une désertion plus terrible se manifestait déjà : la trahison de l'écrivain devant son oeuvre. Zola, en effet, parjurait chaque jour davantage son programme. Incroyablement paresseux à l'expérimentation personnelle, armé de documents de pacotille ramassés par des tiers, plein d'une enflure hugolique, d'autant plus énervante qu'il prêchait âprement la simplicité, croulant dans des rabâchages et des clichés perpétuels, il déconcertait les plus enthousiastes de ses disciples. Puis, les moins perspicaces avaient fini par s'apercevoir du ridicule de cette soi-disant Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire, de la fragilité du fil héréditaire, de l'enfantillage du fameux arbre généalogique, de l'ignorance médicale et scientifique, profonde du Maître. N'importe, on se refusait, même dans l'intimité, à constater carrément les mécomptes. On avait des: "Peut-être aurait-il dû...", des: "Ne trouvez-vous pas qu'un peu moins de...", toutes les observations de lévites déçus qui voudraient bien ne pas aller jusqu'au bout de leur désillusion. Il était dur de lâcher le drapeau! et les plus hardis n'allaient qu'à chuchoter qu'après tout Zola n'était. pas le Naturalisme et qu'on n'inventait pas l'étude de la vie réelle après Balzac, Stendhal, Flaubert et les Goncourt; mais personne n'osait l'écrire, cette hérésie. Pourtant, incoercible, l'écoeurement s'élargissait, surtout devant l'exagération croissante des indécences de la terminologie malpropre des Rougon-Macquart. En vain, excusait-on tout par ce principe émis dans une préface de Thérèse Raquin: "Je ne sais si mon roman est moral ou immoral; j'avoue que je ne me suis jamais inquiété de le rendre plus ou moins chaste. Ce que le sais, c'est que je n'ai jamais songé à y mettre les saletés qu'y découvrent les gens moraux; c'est que j'en ai décrit chaque scène, même les plus fiévreuses, avec la seule curiosité du savant." On ne demandait pas mieux que de croire, et même quelques jeunes avaient par le besoin d'exaspérer le bourgeois, exagéré la curiosité du savant. Mais il devenait impossible de se payer d'arguments: la sensation nette, irrésistible, venait à chacun devant telle page des Rougon, non plus d'une brutalité de document mais d'un violent parti pris d'obscénité. [... ] Alors tandis que les uns attribuaient la chose à une maladie des bas organes de l'écrivain, à des manies de moine solitaire, les autres y voulaient voir le développement inconscient d'une boulimie de vente, une habileté instinctive du romancier percevant que le gros de son succès d'éditions dépendait de ce fait que "les imbéciles achètent les Rougon-Macquart enchaînés, non pas tant par leur qualité littéraire, que par leur réputation de pornographie que la vox populi y a attachée". Or, il est bien vrai que Zola semble excessivement préoccupé (et ceux d'entre nous qui l'ont entendu causer ne l'ignorent pas) de la question de vente; mais il est notoire aussi qu'il a vécu de bonne heure à l'écart et qu'il a exagéré la continence, d'abord par nécessité, ensuite par principe. jeune, il fut très pauvre, très timide, et la femme, qu'il n'a point connue à l'âge où l'on doit la connaître, le hante d'une vision évidemment fausse. Puis le trouble d'équilibre qui résulte de sa maladie rénale contribue sans doute à l'inquiéter outre mesure de certaines fonctions, le pousse à grossir leur importance. Peut-être Charcot, Moreau (de Tours) et ces médecins de la Salpêtrière qui nous firent voir leurs coprolaliques pourraient-ils déterminer les symptômes de son mal.... Et, à ces mobiles morbides, ne faut-il pas ajouter l'inquiétude si fréquemment observée chez les misogynes, de même que chez les tout jeunes gens, qu'on ne nie leur compétence en matière d'amour?... Quoi qu'il en soit, jusqu'en ces derniers temps encore, on se montrait indulgent; les rumeurs craintives s'apaisaient devant une promesse : La Terre. Volontiers espérait-on la lutte du grand littérateur avec quelque haut problème, et qu'il se résoudrait à abandonner un terrain épuisé. On aimait à représenter Zola vivant parmi les paysans, amassant des documents personnels, intimes, analysant patiemment des tempéraments de ruraux, recommençant, enfin, le superbe travail de L'Assommoir. L'espoir d'un chef-d'oeuvre tenait tout le monde en silence. Certes, le sujet, simple et large, promettait des révélations curieuses. La Terre a paru. La déception a été profonde et douloureuse. Non seulement l'observation est superficielle, les trucs démodés, la narration commune et dépourvue de caractéristiques, mais la note ordurière est exacerbée encore, descendue à des saletés si basses que, par instants, on se croirait devant un recueil de scatologie: le Maître est descendu au fond de l'immondice. Eh bien! cela termine l'aventure. Nous répudions énergiquement cette imposture de la littérature véridique, cet effort vers la gauloiserie mixte d'un cerveau en mal de succès. Nous répudions ces bonshommes de rhétorique zoliste, ces silhouettes énormes, surhumaines et biscornues, dénuées de complication, jetées brutalement, en masses lourdes, dans des milieux aperçus au hasard des portières d'express. De cette dernière oeuvre du grand cerveau qui lança L'Assommoir sur le monde, de cette Terre bâtarde, nous nous éloignons résolument, mais non sans tristesse. Il nous poigne de repousser l'homme que nous avons trop fervemment aimé. Notre protestation est le cri de probité, dictamen de conscience de jeunes hommes soucieux de défendre leurs oeuvres - bonnes ou mauvaises - contre une assimilation possible aux aberrations du maître. Volontiers nous eussions attendu encore, mais désormais le temps n'est plus à nous: demain, il serait trop tard. Nous sommes persuadés que La Terre n'est pas la défaillance éphémère du grand homme, mais le reliquat de compte d'une série de chutes, l'irrémédiable dépravation morbide d'un chaste. Nous n'attendons pas de lendemain aux Rougon; nous imaginons trop bien ce que vont être les romans sur les Chemins de fer, sur l'Armée: le fameux arbre généalogique tend ses bras d'infirme, sans fruits désormais. Maintenant, qu'il soit bien dit, une fois de plus, que, dans cette protestation, aucune hostilité ne nous anime. Il nous aurait été doux de voir le grand homme poursuivre paisiblement sa carrière. La décadence même de son talent n'est pas le motif qui nous guide, c'est l'anomalie compromettante de cette décadence. Il est des compromissions impossibles: le titre de naturaliste, spontanément accolé à tout livre puisé dans la réalité, ne peut plus nous convenir. Nous ferions bravement face à toute persécution pour défendre une cause juste: nous refusons ce participer à une dégénérescence inavouable. C'est le malheur des hommes qui représentent une doctrine qu'il devient impossible de les épargner le jour où ils compromettent cette doctrine. Puis, que ne pourrait-on dire à Zola qui a donné tant d'exemples de franchise, même brutale? N'a-t-il pas chanté le struggle for life, et le struggle sous sa forme niaise, incompatible avec les instincts d'une haute race, le struggle autorisant les attaques violentes? "Je suis une force", criait-il, écrasant amis et ennemis, bouchant aux survenants la brèche qu'il avait lui-même ouverte. Pour nous, nous repoussons l'idée d'irrespect, pleins d'admiration pour le talent immense qu'a souvent déployé l'homme. Mais est-ce notre faute si la formule célèbre: "Un coin de nature vu à travers un tempérament", se transforme à l'égard de Zola, en un "coin de nature vu à travers un sensorium morbide", et si nous avons le droit de porter la hache dans ses oeuvres? Il faut que le jugement public fasse balle sur La Terre, et ne s'éparpille pas, en décharge de petit plomb, sur les livres sincères de demain. Il est nécessaire que, de toute la force de notre jeunesse laborieuse, de toute la loyauté de notre conscience artistique, nous adoptions une tenue et une dignité en face d'une littérature sans noblesse, que nous protestions au nom d'ambitions saines et viriles, au nom de notre culte, de notre amour profond, de notre suprême respect pour l'art. Paul Bonnetain, J.-H. Rosny, Lucien Descaves, Paul Margueritte, Gustave Guiches Le Figaro (1887

L'homme alors découpa sa forme de haut 
chasseur, les épaules couvertes du manteau 
d'Urus. Sa face pâle, peinte de lignes de mi- 
nium, était large sous le crâne long et com- 
batif. Sa sagaie à pointe de corne appendait de 
guinguois à sa taille, il tenait à la main droite 
l'énorme massue de bois de chêne. 

Au frôlement des rayons, le paysage entra 
dans une existence moins farouche. Dans les 
peupliers, des vibrations d'élytres blanches ; 
des coins de paradis entr'ouverts sur la plaine; 
une palpitation visible des choses, une timide 
protestation contre les férocités de l'ombre. 
Les voix même décrurent, la bataille moins 
ardente aux profondeurs de la forêt voisine, 
les grands fauves repus d'amour et de sang. 

L'homme, las d'immobilité, marcha le long 



VAMIREH 



du fleuve du pas élastique d'un poursuiveur 
de proie. A quinze cents coudées, il s'arrêta, 
au guet, la sagaie prête à hauteur du front. 
Il vint, sur le bord d'un bosquet d'érables, 
une silhouette agile, un grand cerf élaphe à 
dix cors. 

Le chasseur hésita, mais la tribu devait être 
pourvue de chair en abondance, car, dédai- 
gnant la poursuite, il regarda s'éloigner la 
bête, ses pattes grêles, sa tête projetée en ar- 
rière, tout Je bel organisme de course lancé 
dans les lueurs rougeâtres : 

— Llô! Llô! fit-il, non sans sympathie. 

Son instinct lui prédisait une approche d'en- 
nemi fauve, quelque puissant félin en chasse. 
Effectivement, une demi-minute après, un 
léopard surgit d'arrière le roc des Troglodytes, 
lancé en foudre, en bonds immenses. L'homme 
alors apprêta la sagaie et la massue, attentif, 
les narines au vent, les nerfs en tumulte. Le 
léopard passa comme une écume sur le fleuve, 



VAMIREH 



effacé bientôt dans les perspectives. L'oreille 
délicate du chasseur perçut plusieurs minutes 
encore sa course sur la terre molle. 

— Llô! Llô î répéta-t-il, légèrement ému, 
dans une pose de défi grandiose. 

Des minutes coulèrent, les cornes du Crois- 
sant déjà plus nettes; des bestioles frôlaient 
les buissons de la rive; de grands batraciens 
chantaient sur les plantes fluviatiles. L'homme 
savoura la simple volupté de vivre devant le 
luxe des grandes eaux, les pleuvotements des 
ombres et des clairs, puis il s'éloigna de nou- 
veau, aux écoutes, son œil accoutumé aux pé- 
nombres épiant les embûches de la nuit ! 

— Hoï? murmura- t-il d'une voix interroga- 
tive et en se réfugiant dans l'ombre d'un buis- 
son. 

Un bruit de galop, vague d'abord, se rap- 
prochait, se précisait. Le cerf élaphe reparut, 
aussi rapide mais moins précis dans sa fuite 
droite, en sueur, le souffle bref et trop sonore. 



VAMIREH 



A cinquante pas, le léopard, sans lassitude, 
plein de grâce, déjà victorieux. 

L'homme s'étonnait, ennuyé de la prompte 
victoire du carnassier, avec une envie crois- 
sante d'intervenir, lorsque survint une péri- 
pétie redoutable. C'était, là-bas, à Forée des 
érables, en plein dans la lueur lunaire, une 
silhouette massive, en qui, au profond rugis- 
sement, au bond de vingt coudées, à la lourde 
crinière, l'homme reconnut la bête presque 
souveraine : le Lion. Le pauvre cerf élaphe, 
fou d'épouvante, fit un crochet brusque et 
gauche, se replia, soudain se trouva sous les 
griffes tranchantes du léopard. 

Une lutte brève, farouche, le sanglot du cer 
agonisant et le léopard se tenait immobile, ef- 
faré : le lion approchait à pas tranquilles. 
A trente pas, il fit halte, avec un rauquement, 
sans se raser encore. Le léopard quaternaire, 
de taille haute, hésita, furieux de l'effort fait 
en vain, songeant à risquer la bataille. Mais 



VAMIREH 



la voix du dominateur, plus haute, trembla 
sur la vallée, sonnant Fattaque, et le léopard 
céda, s'en fut sans hâte, avec un miaulement 
de rage et d'humiliation, la tête fléchie vers le 
tyran. Déjà l'autre déchirait l'élaphe, dévorait 
par larges pièces cette proie volée, sans souci 
du vaincu qui continuait la retraite en explo- 
rant les pénombres de ses yeux d'or-émeraude. 
L'homme, rendu prudent par le voisinage du 
lion, s'abritait scrupuleusement dans sa re- 
traite feuillue, mais sans terreur, prêt à toute 
aventure. 

Après quelques instants de dévoration fu- 
rieuse, le fauve s'interrompit : du trouble, du 
doute parurent dans toute son attitude, dans 
le frisson de la crinière, sa scrutation angois- 
seuse. Soudain , comme convaincu, il saisit 
l'élaphe vivement, le jeta sur son épaule et se 
mit en course. Il avait franchi quatre cents 
coudées, lorsque émergea, presque à l'orée où 
naguère lui-même était apparu, une bête mon- 



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strueuse. Intermédiaire d'allure et de forme 
entre le tigre et le lion, mais plus colossale, 
souveraine des forêts et des savanes, elle 
symbolisa la Force, là debout sous les lueurs 
vaporeuses. L'homme trembla, ému au plus 
profond de ses entrailles. 

Après une pause sous les frênes, l'animal 
prit la chasse. Il alla comme le cyclone, fran- 
chissant les espaces sans effort, poursuivant 
le lion en fuite vers l'Ouest, tandis que le 
léopard, arrêté, regardait la scène. Les deux 
silhouettes décrurent, s'évaporèrent; Fhomme 
songea de nouveau à quitter sa retraite, 
car le léopard l'inquiétait peu, lorsque la 
scène se compliqua : le lion revenait en 
oblique, ramené par quelque obstacle, mare 
ou crevasse. 

L'homme ricana, raillant la bête de n'avoir 
pas mieux calculé sa fuite, se rencoigna, car 
les colossaux antagonistes arrivaient presque 
droit sur lui. Seulement, relardé par le détour 

1. 



10 VAMIREH 



et le poids de Félaphe, le fuyard perdait du 
terrain. Que faire? Le chasseur inspecta l'alen- 
tour : pour atteindre quelque peuplier il fallait 
bondir à deux cents coudées, et, du reste, le 
Felis Spelaea gravissait les arbres. Quant au 
roc des Troglodytes, c'était dix fois cette dis- 
tance : il préféra braver l'aventure. 

Son hésitation fut brève. En deux minutes, 
les fauves atteignaient les abords de sa retraite. 
Là, voyant la fuite vaine, le lion laissa couler 
l'élaphe et attendit. Ce fut une trêve, un arrêt 
similaire à celui de tantôt, alors que le léopard 
tenait la proie. Tout autour, le silence, l'heure 
annonciatrice, l'heure oii les nocturnes vont 
s'endormir et les diurnes revivre à la lumière. 
Une lueur de songe, des cimes d'arbres noyées 
dans des laines pâles, des bandes de gramens 
tremblotants de toutes leurs lancettes à l'ha- 
leine hésitante du Couchant, et, sur tout le 
pourtour, le vague, le confus, l'embuscade 
de la nature faite de frontières arbores- 



VAMIREH 11 



centes, de détroits, de bandes soyeuses de 
ciel. 

En haut, les veilleuses stellaires, le psaume 
de la Vie éternelle. 

Sur un tertre, le Felis Spelaea découpé sur 
les rais lunaires, son haut profil de domina- 
teur, sa crinière retombant sur un pelage 
tavelé de panthère, son front plane et ses mâ- 
choires proéminentes, jadis roi de l'Europe 
chelléenne, maintenant au déclin, réduit à des 
bandes étroites de territoire. Plus bas le lion, 
le souffle rauque, les flancs en tumulte, sa 
griffe lourde posée sur l'élaphe, hésitant de- 
vant le colosse comme naguère le léopard de- 
vant lui, une phosphorescence de crainte et 
de colère entremêlées dans ses prunelles. 
Dans la pénombre, déjà harmonisé au drame, 
l'Homme. 

Un rugissement voilé plana, le Spelaea se- 
coua sa crinière et commença de descendre. 
Le lion, en recul, les dents découvertes, lâcha 




la proie deux secondes, puis, au désespoir, 
son orgueil fouetté, il revint avec un rugis- 
sement plus éclatant que celui de son adver- 
saire, remit la griffe sur Félaphe. C'était l'ac- 
ceptation de la lutte. Malgré sa force prodi- 
gieuse le Spelaea ne répondit pas tout de suite. 
En arrêt, replié, il examinait le lion, jaugeait 
sa force et son agilité. L'autre, avec la fierté 
de sa race, se tenait debout, tête au vent. Un 
second rugissement de l'agresseur, une ré- 
plique retentissante du lion, et ils se trouvèrent 
à un seul bond de distance. 

— Llô ! Llô ! chuchota l'homme. 

Le Spelaea franchit la distance, sa griffe 
monstrueuse se leva. Elle rencontra les ongles 
de l'adversaire. Deux secondes, la patte rousse 
et la patte ocellée se firent face, dans la trêve 
finale. Puis l'attaque, un emmêlement de mâ- 
choires et de crinières, des rauquements fa- 
rouches, tandis que le sang commençait à 
couler

2 comentaris:

  1. este rap apagão tem uns 7 pecados mortaes muito ranhosinhos gula inda vá, mas a gripe mata mais gente que a avareza já mais do que a luxúria com ou sem viagra já é duvidoso....e se são 7 a lista fica-se no 5º porquê? in veja Jesus....ora se Jasus dá sempre a outra face deve ser é mais masoquismo o IRA é um pecado ou um exército ao estylo do estado islâmico mas com pope pets em vez de barbudos explosivos? 1 h · Gosto Barboss du Bocage A história sacra ou não ou mesmo a vida quotidiana de jasus sunt ficções..... HISTÓRIA É UMA ESTÓRIA DAS GERAÇÕES PASSADAS DOS CORNOS PARA AS GERAÇÕES DAS PASSAS DOS ALGARVES 2 min · Gosto Barboss du Bocage ou nos al gharb's no fundo no fundo dos charters de chinocas tanto fax26 de desembre de 2014 a les 15:37

    cerâmica

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  2. ai que chata patarata vai levar no butantan com a tal de hortelã....isto não tem som ó coutinho bentinho marinho márinho maninho betinho no deserto decerto até o longe fica perto e o som louco fica incerto no deserto decerto as letras em miragens nas aragens sussurram ao ouvido tás fodido tás fodido...no deserto decerto aos berros os burros em espaço aberto

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