divendres, 26 de desembre de 2014

On commença à percevoir l'existence du règne ferromagnétique au déclin de l'âge radio-actif. C'étaient de bizarres taches violettes sur les fers humains, c'est-à-dire sur les fers et les composés des fers qui ont été modifiés par l'usage industriel. Le phénomène n'apparut que sur des produits qui avaient maintes fois resservi : jamais l'on ne dé- couvrit de taches ferromagnétiques sur des fers sauvages. Le nouveau règne n'a donc pu naître que grâce au milieu humain. Ce fait capital a beaucoup préoccupé nos aïeux . Peut-être fûmes- nous dans une situation analogue vis-à-vis d'une vie antérieure qui, à son déclin, permit l'éclosion de la vie protoplasmique. Quoi qu'il en soit, l'humanité a constaté de bonne heure l'existence des ferromagnétaux. Lorsque les savants eurent décrit leurs manifestations rudi- mentaires, on ne douta pas que ce fussent des êtres organisés. Leur composition est singulière. Elle n'admet qu'une seule substance : le fer. Si d'autres corps, en quantité très petite, s'y trouvent parfois mêlés, c'est en tant qu'impuretés, nuisibles au développement ferromagnétique ; l'organisme s'en débarrasse, à moins qu'il ne soit très affaibli ou atteint de quelque maladie mystérieuse. La structure du fer, à l'état vivant, est fort variée : fer fibreux, fer granulé, fer mou, fer dur, etc. L'en- semble est plastique et ne comporte aucun liquide A TERRA ABRIU FOSSAS ONDE OS OKEANOS SE ESCOARAM.....UM CORTE RADICAL DA ÁGUA PELA EPAL GLOBAL...CRIATURAS MAGNÉTICAS (FERROMAGNÉTICAS) SURGIRAM DA SOMBRA BEBENDO A VIDA ...OS ORGÃOS DIGESTIVOS EM 100 SÉCULOS DE CRISE DIMINUIRAM NOTAVELMENTE ENQUANTO OS DO APARELHO RESPIRATÓRIO SOFREM UM INCREMENTO EM RAZÃO DA RAREFACÇÃO DA ATMOSFERA ECONÓMICA ....É UMA METÁFORA OU UMA PARÁBOLA DA CRISE ? 2007-12007 (100 SÉCULOS DE CRISE MESMO A 99 ANOS POR SÉCULO DÁ BUÉ DE METÁFORAS ...de l'espoir à nos inquiétudes ! s'ex- clama-t-il. Est-ce que même aux merveilleuses époques de l'Eau, la mort de chaque homme n'était pas pour lui la fin du monde? Ceux qui vivent en ce moment sur la terre courent bien moins de risques, individuellement, que nos pères d'avant l'ère radio-active ! Il parlait fervemment. Car il avait toujours repoussé cette résignation lugubre qui dévastait ses semblables. Sans doute, un trop long atavisme ne lui permettait de la fuir que par intermittences. Toutefois, il avait plus qu'un autre connu la joie de vivre l'étincelante minute qui passe. Arva l'écoutait avec faveur, mais Targ ne pou- vait pas concevoir qu'on négligeât l'avenir de l'es- pèce. Si, comme Manô, il lui arrivait d'être brus- quement saisi par la volupté fugitive, il y mêlait toujours ce grand rêve du Temps, qui avait mené les ancêtres. — Je ne puis me désintéresser de notre descedance, riposta-t-il.PAROLES A TRAVERS L ETENDUE L'affreux vent du Nord s'était tu. Sa voix mauvaise, depuis quinze jours, remplissait l'oasis de crainte et de tristesse. Il avait fallu dresser les brise-ouragan et les serres de silice élastique. Enfin, l'oasis commençait à tiédir. Targ, le veilleur du Grand Planétaire, ressentit une de ces joies subites qui illuminèrent la vie des hommes, aux temps divins de l'Eau. Que les plantes étaient belles encore ! Elles reportaient Targ à l'amont des âges, alors que des océans couvraient les trois quarts du monde, que l'homme croissait parmi des sources, des rivières, des fleuves, des lacs, des marécages. Quelle fraîcheur animait les générations innombrables des végétaux et des bêtes ! La vie pullulait jusqu'au plus profond des mers. Il y avait des prairies et des sylves d'algues comme des forêts d'arbres et des savanes d'herbes. Un avenir immense s'ouvrait devant les créatures ; l'homme pressentait à peine les lointains descen- dants qui trembleraient en attendant la fin du monde. Imagina-t-il jamais que l'agonie durerait plus de cent millénaires? Targ leva les yeux vers le ciel où plus jamais ne paraîtraient des nuages. La matinée était fraîche encore, mais, à midi, l'oasis serait torride. — La moisson est prochaine ! murmura le veil- leur. Il montrait un visage bistre, des yeux et des cheveux aussi noirs que l'anthracite. Comme tous les Derniers Hommes, il avait la poitrine spacieuse, tandis que le ventre se rétrécissait. Ses mains étaient fines, ses mâchoires petites, ses membres décelaient plus d'agilité que de force. Un vêtement de fibres minérales, aussi souple et chaud que les laines antiques, s'adaptait exactement à son corps ; son être exhalait une grâce résignée, un charme craintif que soulignaient les joues étroites et le feu pensif des prunelles. Il s'attardait à contempler un champ de hautes céréales, des rectangles d'arbres, dont chacun por- tait autant de fruits que de feuilles, et il dit : — Ages sacrés, aubes prodigieuses où les plantes couvraient la jeune planète ! Gomme le Grand Planétaire était aux confins de l'oasis et du désert, Targ pouvait apercevoir un sinistre paysage de granits, de silices et de LA MORT DE LA TERRE 8 métaux, une plaine de désolation étendue jus- qu'aux contreforts des montagnes nues, sans gla- ciers, sans sources, sans un brin d'herbe ni Une plaque de lichen. Dans ce désert de mort, l'oasis, avec ses plantations rectilignes et ses villages mé- talliques, était une tache misérable. Targ sentit peser la vaste solitude et les monts implacables ; il leva mélancoliquement la tête vers la conque du Grand Planétaire. Cette conque étalait une corolle soufre vers l'échancrure des montagnes. Faite d'arcum et sensible comme une rétine, elle ne recevait que les rythmes du large, émanés des oasis et, selon le réglage, éteignait ceux auxquels le veilleur ne devait pas répondre. Targ l'aimait comme un emblème des rares aventures encore possibles à la créature humaine ; dans ses tristesses, il se tournait vers elle, il en attendait du courage ou de l'espérance. Une voix le fit tressaillir. Avec un faible sou- rire, il vit monter vers la plate-forme une jeune fille aux contours rythmiques. Elle portait libre- ment ses cheveux de ténèbres ; son buste ondulait, aussi flexible que la tige des longues céréales. Le veilleur la considérait avec amour. Sa sœur Arva était la seule créature près de qui il retrouvât ces minutes subites, imprévues et charmantes, où il semblait que, au fond du mystère, quelques énergies veillaient encore pour le sauvetage des hommes. Elle s'exclama, avec un rire contenu : 4 LA MORT DE LA TERRE — Le temps est beau, Targ... Los plantes sont heureuses ! Elle aspira l'odeur consolante qui sourd de la chair verte des feuilles ; le feu noir de ses yeux palpitait. Trois oiseaux planèrent au-dessus des arbres et s'abattirent au bord de la plate-forme. Ils avaient la taille des anciens condors, des formes aussi pures que celles des beaux corps féminins, d'immenses ailes argentines, glacées d'améthyste, dont les pointes émettaient une lueur violette. Leurs têtes étaient grosses, leurs becs très courts, très souples, rouges comme des lèvres ; et l'expres- sion de leurs yeux se rapprochait de l'expression humaine. L'un d'eux, levant la tête, fit entendre des sons articulés ; Targ prit la main d'Arva avec inquiétude. — Tu as c ompris? fi t-il. La terre s'a gite !... Quoique, depuis très longtemps, aucune oasis n'eût péri par les secousses sismiques et que l'am- plitude de celles-ci eût bien diminué depuis l'ère sinistre où elles avaient brisé la puissance humaine, Arva partagea le trouble de son frère. Mais une idée capricieuse lui passant par l'es- prit : — Qui sait, fit-elle, si, après avoir fait tant de mal à nos frères, les tremblements de terre ne nous deviendront pas favorables? — Et comment? demanda Targ avec indul- gence. — En faisant reparaître une partie des eaux 1 La Mort de la terre 5 Il y avait souvent rêvé, sans l'avoir dit à per- sonne, car une telle pensée eût paru stupide et presque blasphématoire à une humanité déchue, dont toutes les terreurs évoquaient des soulève- ments planétaires. — Tu y penses donc aussi, s'exclama-t-il avec exaltation... Ne le dis à personne ! Tu les offense- rais jusqu'au fond de l'âme ! — Je ne pouvais le dire qu'à toi. De toutes parts surgissaient des bandes blanches d'oiseaux : ceux qui avaient rejoint Targ et Arva piétaient avec impatience. Le jeune homme leur parlait, en employant une syntaxe particulière. Car, à mesure que se développait leur inteUigence, les oiseaux s'étaient initiés au langage, — un lan- gage qui n'admettait que des termes concrets et des phrases-images. _^ Leur notion de l'avenir demeurait obscure et \ courte, leur prévoyance instinctive. Depuis que l'homme ne se servait plus d'eux comme nourri- ture, ils vivaient heureux, incapables de concevoir leur propre mort et plus encore la fin de leur espèce. L'oasis en élevait douze cents environ, dont la présence était d'une vive douceur et fort utile. L'homme, n'ayant pu regagner l'instinct, perdu pendant les ères de sa puissance, la condition actuelle du milieu le mettait aux prises avec des phénomènes que ne pouvaient guère signaler les appareils, si délicats pourtant, hérités des ancêtres, 6 LA MORT DE LA TEHUE et que prévoyaient les oiseaux. Si ceux-ci avaient disparu, dernier vestige de la vie animale, une plus amère désolation se serait abattue sur les âmes. — Le péril n'est pas immédiat ! murmura Targ. Une rumeur parcourait l'oasis ; des hommes jaillissaient aux abords des villages et des embla- vures. Un individu trapu, dont le crâne massif semblait directement posé sur le torse, apparut au pied du Grand Planétaire. Il ouvrait des yeux des- sillés et pauvres, dans un visage couleur d'iode ; ses mains, plates et rectangulaires, oscillaient au bout des bras courts. — Nous verrons la fin du monde 1 grogna-t-il... Nous serons la dernière génération des hommes. jT Derrière lui, on entendit un rire caverneux. ^^ Danp, 1p p,P.nt,pnairp.^ sft montra avec son arrière- petit-fils et une femme aux yeux longs, aux che- veux de bronze. Elle marchait aussi légèrement que les oiseaux. — Non, nous ne la verrons pas, affirma-t-elle. La mort des hommes sera lente... L'eau décroîtra jusqu'à ce qu'il n'y ait plus que quelques familles autour d'un puits. Et ce sera plus terrible. — Nous verrons la fin du monde ! s'obstina l'homme trapu. — Tant mieux ! fit l'arrière-petit-fils de Dane. Que la terre boive, aujourd'hui même, les der- nières sources ! Sa face sinueuse, très étroite, décelait une tris- LA MORT DE LA TERRE 7 tesse sans bornes ; il s'étonnait lui-même de n'avoir pas supprimé son existence. — Qui sait s'il n'y a pas un espoir ! marmonna l'ancêtre. Le cœur de Targ battit ; il abaissa vers le cen- tenaire des yeux où scintilla la jeunesse. — Oh 1 père !... s'écria-t-il. Déjà la face du vieillard s'était immobilisée. Il retomba dans ce rêve taciturne, qui le faisait res- sembler à un bloc de basalte ; Targ garda pour lui sa pensée. La foule grossissait aux confins du désert et de l'oasis. Quelques planeurs s'élevèrent, qui venaient du Centre. On était à l'époque où le travail ne solli- citait guère les hommes : il n'y avait qu'à attendre le temps des récoltes. Car aucun insecte, aucun microbe, ne survivaient. Resserrés sur d'étroits domaines, hors desquels toute vie « protoplas- mique » était impossible, les aïeux avaient mené une lutte efficace contre les parasites. Même les organismes microscopiques ne purent se maintenir, privés de cet imprévu qui résulte des aggloméra- tions denses, des grands espaces, des transforma- tions et des déplacements perpétuels. D'ailleurs, maîtres de la distribution de l'eau, les hommes disposaient d'un pouvoir irrésistible contre les êtres qu'ils voulaient détruire. L'ab- sence des anciens animaux domestiques et sauvages, véhicules incessants d'épidémie, avait encore avancé l'heure du triomphe. Maintenant l'homme.

Targ, orientant le transmetteur, darda un appel 
prolongé. Aucune réponse. Une lourde horreur 
pesa sur les âmes. Ce n'était pas le trouble ardent 
des hommes de jadis, c'était une détresse lente, 
lasse, dissolvante. Des liens étroits unissaient les 
Hautes-Sources et les Terres-Rouges, Depuis cinq 
mille ans, les deux...........gamas ont des relations 
continues, soit par les resonnateurs, soit par des 
visites fréquentes, en planeurs ou en motrices. 
Trente relais, munis de planétaires, jalonnaient la 
voie, longue de dix-sept cents kilomètres, qui 
reliait les deux peuplades. 

— Il faut attendre ! clama Targ, penché sur la 
plate-forme. Si l'affolement empêche nos amis de 
répondre, ils ne sauraient tarder à reprendre leur 
sang-froid." 

Mais personne ne croyait que les hommes des 
Terres-Rouges fussent capables d'un tel affole- 
ment ; leur race était moins émotive encore que 
celle des Hautes-Sources : capable de tristesse, 
elle ne l'était guère d'épouvante. 

Targ, lisant l'incrédulité sur tous les visages, 
reprit : 

— Si leurs appareils sont détruits, avant un 



LA MORT DE LA TERRE 45 

quart d'heure des messagers peuvent atteindre 
le premier relais... 

— A moins, objecta Hélé, que les planeurs ne 
soient endommagés... Quant aux motrices, il est 
improbable qu'elles franchissent, avant quelque 
temps, une enceinte en décombres. 

Cependant, la population tout entière se portait 
vers la zone méridionale. En quelques minutes, 
les planeurs et les motrices versèrent des milliers 
d'hommes et de femmes vers le Grand Planétaire. 
Les rumeurs montaient, comme de longs souffles, 
entrecoupées de silences. Et les membres du Con- 
seil des Quinze, interprétateurs des lois et juges 
des actes unanimes, se rassemblèrent sur la plate- 
forme. On reconnaissait le. visage triangulaire, la 
rude chevelure blanc de sel de la vieille Bamar, et 
la tête bosselée d'Omal, son mari, dont soixante- 
dix ans de vie n'avaient pu pâlir la barbe fauve. 
Ils étaient laids, mais vénérables, et leur autorité 
était grande, car ils avaient donné une descen- 
dance sans tare. 

. Bamar, s'assurant que le Planétaire était bien 
orienté, envoya à son tour quelques ondes. Devant 
le silence durécepteur, son visage s'assombrit encore. 

— Jusqu'à, présent, la Dévastation est sauve! 
murmura Omal..., et les sismographes n'annoncent 
aucune secousse dans les autres zones humaines. 

Soudain, un bruissement d'appel strida et, tan- 
dis que la multitude se dressait, hypnotique, on 
entendit gronder le Grand Planétaire : 



16 LA MORT DE LA TERRE 

« Du premier relais des Terres- Rouges. Deux 
secousses puissantes ont soulevé l'oasis. Le nombre 
des morts et des blessés est considérable ; les 
récoltes sont anéanties ; les eaux semblent mena- 
cées. Des planeurs partent pour les Hautes- 
Sources... » 

Ce fut une ruée. Les hommes, les planeurs et 
les motrices surgissaient par torrents. Une exci- 
tation inconnue depuis des siècles soulevait les 
âmes résignées : la pitié, la crainte et l'inquiétude 
rajeunissaient cette multitude du Dernier- Age. 

Le Conseil des Quinze délibérait, tandis que 
Targ, tout tremblant, répondait au message des 
Terres- Rouges et annonçait le départ prochain 
d'une délégation. . ^ 

Aux heures tragiques, les trois oasis sœurs — 
Terres Jiûuges, Hautes-Sources, la Déyastation — 
se devaient des secours. Omal, qui avait une con- 
naissance parfaite de la tradition, déclara : 

— Nous avons des provisions pour cinq ans. Le 
quart peut être réclamé par les Terres- Rouges... 
Nous sommes aussi tenus de recueillir deux mille 
réfugiés, si c'est inévitable. Mais ils n'auront que 
des rations réduites et il leur sera interdit de 
s'accroître. Nous-mêmes devrons limiter nos fa- 
milles, car il faut, avant quinze ans, ramener la 
population au chiffre traditionnel... 

Le Conseil approuva ce rappel aux lois, puis 
Bamar cria vers la foule : 

■ — Le Conseil va nommer ceux qui partiront 



LA MOHT DE LA TERRE 47 

pour les Terres- Rouges. Il n'y en aura pas plus 
de neuf. D'autres seront envoyés lorsque nous con- 
aîtrons les besoins de nos frères. 
— Je demande à partir, supplia le veilleur. 

— Et moi 1 ajouta vivement Arva. 
Les yeux de Manô étincelèrent : 

— Si le Conseil le veut, je serai aussi parmi les 
envoyés. 

Omal leur jeta un regard favorable. Car il avait 
jadis, comme eux, connu ces mouvements spon- 
tanés, si rares parmi les Derniers Hommes. 

A part Amat. ad olescent frêle, la foule attendait 
passivement la'Hécision du Conseil. Soumises aux 
règles millénaires, accoutumées à une existence 
monotone, que troublaient seuls les météores, les 
peuplades avaient perdu le goût de l'initiative. 
Résignées, patientes, douées d'un grand courage 
passif, rien ne les excitait aux aventures. Les 
déserts énormes qui les enveloppaient, vides de 
toute ressource humaine, pesaient sur leurs actes 
comme sur leurs pensées. 

— Rien ne s'oppose au départ de Targ, d'Arva 
et de Manô, remarqua la vieille Bamar... Mais la 
route est longue pour Amat. Que le Conseil décide. 

Tandis que le Conseil délibérait, Targ contem- 
plait l'étendue sinistre. Une douleur amère l'acca- 
blait. Le désastre des Terres-Rouges pesait sur 
lui plus pesamment que sur ses frères. Car leurs 
espoirs ne portaient que sur la lenteur des finales 
déchéances, tandis qu'il s'obstinait à rêver des 

3 



U LA MORT DE LA TERRE 

métamorphoses heureuses. Et les circonstances 
confirmaient amèrement la Tradition. 

Pourtant, devant les lourdes plaines granitiques, 
devant les formidables montagnes dressées à 
l'Ouest, l'esprit d'aventure le reprenait. Son âme 
s'élançait vers les Terres-Rouges, non pour des 
buts précis, mais pour ces fins lointaines, immenses 
et féeriques qui avaient, jadis, conduit l'homme 
vers tous les inconnus de la Planète 1 



II 

VERS LES TERRES-ROUGES 

Les neuf planeurs volaient vers les Terres- 
Rouges. Ils ne s'écartaient guère des deux routes 
que, depuis cent siècles, suivaient les motrices. 
Les ancêtres avaient construit de grands refuges 
en fer vierge, avec résonateur planétaire, et de 
nombreux relais, moins importants. Les deux 
routes étaient bien entretenues. Gomme les mo- 
trices y passaient rarement et que leurs roues 
étaient munies de fibres minérales, très élastiques ; 
comme, par ailleurs, les hommes des deux oasis 
savaient encore se servir partiellement des éner- 
gies énormes qu'avaient captées leurs ascendants, 
l'entretien exigeait plus de surveillance que de 
travail. Les ferromagnétaux ne s'y montraient 
guère et n'y faisaient que des dégâts insignifiants ; 



LA MOKT l)K LA TE RUE 1» 

un piéton aurait pu y marcher une journée entière 
sans presque ressentir d'influence nocive ; mais il 
n'aurait pas été prudent de faire des haltes trop 
longues ni surtout de s'y endormir : bien des ma- 
lades y avaient perdu comme Elma tous leurs 
globules rouges et y étaient morts d'anémie. 

Les Neuf ne couraient aucun péril : chacun 
dirigeait un planeur léger qui, du reste, eût pu 
emporter quatre hommes. Alors même qu'un acci- 
dent surviendrait aux deux tiers des appareils, 
l'expédition ne serait pas compromise. 

Doués d'une élasticité presque parfaite, les pla- 
neurs étaient construits pour résister aux chocs 
les plus rudes et pour braver l'ouragan. 

Manô avait pris la tête. Targ et Arva sillaient 
presque de conserve. L'agitation du jeune homme 
ne cessait de s'accroître. Et l'histoire des grandes 
catastrophes, fidèlement transmise de génération 
en génération, hantait sa mémoire. 

Depuis cinq cents siècles, les hommes n'occu- 
paient plus, sur la planète, que des îlots dérisoires. 
L'ombre de la déchéance avait de loin précédé les 
catastrophes. A des époques fort anciennes, aux 
premiers siècles de l'ère radio-active, on signale 
déjà la décroissance des eaux : maints savants 
prédisent que l'Humanité périra par la séche- 
resse. Mais quel effet ces prédictions pouvaient- 
elles produire sur des peuples qui voyaient des 
glaciers couvrir leurs montagnes, des rivières sans 



20 LA MORT DE LA TERRE 

nombre arroser leurs sites, d'immenses mers battre 
leurs continents? Pourtant, r£ail-.décroissait len- 
tement, sûrement, absorbée par la terre et vola- 
tilisée dans le firmament (1). Puis, vinrent les 
fortes catastrophes. On vit d'extraordinaires rema- 
\ niements du sol ; parfois, des tremblements de 
terre, en un seul jour, détruisaient dix ou vingt 
villes et des centaines de villages : de nouvelles 
chaînes de montagnes se formèrent, deux fois plus 
hautes que les antiques massifs des Alpes, des 
Andes ou de l'Himalaya ; l'eau tarissait de siècle 
en siècle. Ces énormes phénomènes s'aggravèrent 
encore. A la surface du soleil, des métamorphoses 
se décelaient qui, d'après des lois mal élucidées, 
retentirent sur notre pauvre globe. Il y eut un 
lamentable enchaînement de catastrophes : d'une 
part, elles haussèrent les hautes montagnes jus- 
qu'à vingt-cinq et trente mille mètres ; d'autre 
part, elles firent disparaître d'immenses quantités 
d'eau. 

On rapporte que, au début de ces révolutions 
sidérales, la population humaine avait atteint le 
chiffre de vingt-trois milliards d'individus. Cette 
masse disposait d'énergies démesurées. Elle les 
tirait des proto-atomes (comme nous le faisons 
encore, quoique imparfaitement, nous-mêmes) et 



(1) Dans les hautes régions atmosphériques, la vapeur d'eau 
fut de tout temps décomposée, ])ar les rayons ultra-violets, en 
oxygène et en hydrogène : l'iiydrogène s'échappait dans l'éten- 
due interstellaire. 



LA MORT DE LA TEfUlE H 

ne s'inquiétait guère de la fuite des eaux, telle- 
ment elle avait perfectionné les artifices de la cul- 
ture et de la nutrition. Même, elle se flattait de 
vivre prochainement de produits organiques éla- 
borés par les chimistes. Plusieurs fois, ce vieux 
rêve parut réalisé : chaque fois, d'étranges mala- 
dies ou des dégénérescences rapides décimèrent les 
groupes soumis aux expériences. Il fallut s'en tenir 
aux aHments qui nourrissaient l'homme depuis les 
premiers ancêtres. A la vérité, ces aliments subis- 
saient de subtiles métamorphoses, tant du fait de 
l'élevage et de l'agriculture que du fait des mani- 
pulations savantes. Des rations réduites suffisaient 
à l'entretien d'un homme ; et les organes digestifs 
avaient accusé, en moins de cent siècles, une 
diminution notable, tandis que l'appareil respira- 
toire s'accroissait en raison directe de la raréfac- 
tion de l'atmosphère. 

Les dernières bêtes sauvages disparurent ; les 
animaux comestibles, par comparaison à leurs 
ascendants, étaient de véritables zoophytes, des 
masses ovoïdes et hideuses, aux membres trans- 
formés en moignons, aux mâchoires atrophiées par 
le gavage. Seules, quelques espèces d'oiseaux échap- 
pèrent à la dégradation et prirent un merveilleux 
développement intellectuel. 

Leur douceur, leur beauté et leur charme crois- 
saient d'âge en âge. Ils rendaient des services 
imprévus, à cause de leur instinct, plus délicat 
que celui de leurs maîtres, et ces services étaient 



%t LA MORT DE LA TEURE 

particulièrement appréciés dans les laboratoires. 
Les hommes de cette puissante époque con- 
nurent une existence inquiète. La poésie magni- 
fique et mystérieuse était morte. Plus de vie sau- 
vage, plus même ces immenses étendues presque 
libres : les bois, les landes, les marais, les steppes, 
les jachères de la période radio-active. Le suicide 
finissait par être la plus redoutable maladie de 
l'espèce. 

En quinze millénaires, la population terrestre 
descendit de vingt-trois à quatre milliards d'âmes ; 
les mers, réparties dans les abîmes, n'occupaient 
plus que le quart de la surface ; les grands fleuves 
et les grands lacs avaient disparu ; les monts pul- 
lulaient, immenses et funèbres. Ainsi la planète 
sauvage reparaissait, — mais nue 1 

L'homme, cependant, luttait éperdument. Il 
s'était flatté, s'il ne pouvait vivre sans eau, de 
fabriquer celle dont il aurait besoin pour ses usages 
domestiques et agricoles ; mais les matériaux 
utiles devenaient rares, sinon à des profondeur^ 
qui rendaient leur exploitation dérisoire. Il fallut 
se rabattre sur des procédés de conservation, sur 
des moyens ingénieux pour ménager l'écoulement 
et pour tirer le maximum d'effet du fluide nour- 
ricier. 

2 comentaris:

  1. 12012 à dúzia é mais barata.....nous adoptions une tenue et une dignité en face d'une gouvernment sombre sans noblesse, (toute le monde c'est contra le gouvernment sombre já lá dezia sóares) que nous protestions au nom d'ambitions saines et viriles, au nom de notre culte, de notre amour profond, de notre suprême respect pour l'art du kybernetos du gouvernment partie du pouvoir exécutif, responsable devant le parlement » (Zola, Terre, p. 63). Dér. de gouverner*; suff. -(e)ment1*; cf. lat. médiév. gubernamen

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  2. amar-te na arte do kama sutra sua .....truta? Amar-te capar-te papar-te como quem se alimenta da sebenta e representa Amar-te e desejar-te.....desejar tea... matar-te como se não houvesse amanhã mamã .... Amar-te noutra parte como se o chá de menta com água benta na verdade oh que saudade dessa pretensa tão tensa liberdade fosse chá de hortelã numa manhã no divã27 de desembre de 2014 a les 17:42

    ahn ã no butantan...

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