Es mostren els missatges amb l'etiqueta de comentaris ce verre humide que tiennent les mains d'un fié\Teux. Mostrar tots els missatges
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dijous, 9 d’octubre de 2014

Voici les fruits dont nous nous sommes nourris sur la TErre. koran, II, 23. Et quand tu m'aurai lu, jette ce livre — et sors. Je voudrais qu'il t'eût donné le désir de sortir — sortir de n'importe où, de ta ville, de la famille, de ta chambre, de la pensée. N'emporte pas mon livre avec toi. — Si j'étais Ménalque, pour te conduire, j'aurais pris ta main droite, mais ta main gauche l'eût ignoré, — et cette main serrée, au plus tôt je l'eusse lâchée, dès qu'on eût été loin des villes, et je t'eusse dit : oublie-moi. — Que mon livre t'enseigne à l'intéresser plus à toi qu'à lui-même, — puis à tout le reste plus qu'à toi. Ne tè méprends pas, Nalhanaël, au titre brutal qu'il m'a plu de doner à ce livre ; j'eusse pu l'appeler Ménalque, mais Ménalque n'a jamais, non plus que toi-même, existé. Le seul nom d'homme est le mien propre, dont ce livre eût pu se couvrir ; mais alors comment eussé-je osé le signer? Je m'y suis mis sans apprêts, sans pudeur ; et si parfois j'y parle de pays que je n'ai point vus, de parfums que je n'ai point sentis, d'actions que je n'ai point commises — ou de foi, mon Nalhanaël que je n'ai pas encore rencontré, — ce n'est point par hypocrisie, et ces choses ne sont pas plus des mensonges que ce nom, Nalhanaël qui me liras, que je le donne, ignorant le tien à, venir.

Ne souhaite pas, Nathanaël, trouver Dieu ailleurs 
que partout
 
Nalhanaël, tu regarderas tout en passant, et lu 
ne l'arrôleras nulle part. Dis-toi bien que Dieu 
st-'iil n"est pas provisoire. 

Nathanaël — que l'importance soit dans ton re- 
gard, non dans la chose regardée. 

Tout ce que tu gardes en toi de connaissances 
dislinctcs restera distinct de loi jusqucs 5 la con- 
sommation des siècles. Pourquoi y allaches-lu tant 
de prix ? 

Il y a proflt aux désirs, et profit au rassasiement 
des désirs — parce qu'ils en sont augmentés. Car, 
je le le dis en vérité, Nalhanaol, chaque désir m'a 
plus enrichi que la possession toujours fausse de 
l'objet mémo de mon désir. 



Non point la sympathie, Nathanaël, — l'amour. 

Pour bien des choses délicieuses, Nathanaël, je 
me suis usé d'amour. Leur splendeur venait de ceci 
que j'ardais sans cesse pour elles. Je ne pouvais 
pas me lasser. Toute ferveur m'était une Usure 
d'amouR, — une usure délicieuse. 
 
 
 
Hérétique entre les hérétiques, toujours m'at- 
tirèrent les opinions écartées, les extrêmes détours 
des pensées, les divergences. Chaque esprit ne 
m'intéressait que par ce qui le faisait différer des 
autres. — J'en arrivai à bannir de moi la sympa- 
thie, n'y voyant plus que la reconnaissance d'une 
émotion commune. — Non point la sympathie, 
Nathanaël, — l'amour. 

Il faut agir sans juger si l'action est bonne bu 
mauvaise. Aimer sans s'inquiéter si c'est le bien 
ou le mal. 

Nathanaël je t'enseignerai la ferveur. 

Une existence pathétique, Nathanaël, plutôt 
que la tranquillité. Je ne souhaite pas d'autre re- 
pos que celui du sommeil de la mort. J'ai peur 
que tout désir, toute puissance que je n'aurai pas 
satisfaits durant ma vie, pour leur survie ne me 
tourmentent. J'espère, après avoir exprimé sur 
cette terre tout ce qui attendait en moi, — satis- 
fait, — mourir complètement désespéré. 

Non point la sympathie, Nathanaël, l'amour. Tu 
comprends, n'est-ce pas, que ce n'est pas la même 
chose. C'est par peur d'une perte d'amour que par- 
fois j'ai su sympathiser avec des tristesses, des en- 
nuis, des douleurs que sinon je n'aurais qu'à 
peine endurés. — Laisse à chacun le soin de sa 
vie. 

... {Je ne peux écrire aujourd'hui parce qu'une 


roue tourne en la grange. Hier /e l'ai vue ; elle 
battait du colza. 

La balle s'envolait ; le grain roulait à terre. 

La poussière faisait suffoquer. 

Une femme tournait la meule. Deux beaux gar- 
çons, pieds nus, récoltaient le grain. 

Je pleure parce que je n'ai rien de plus à dire. 

Je sais qu'on ne commence pas à écrire quand 
on n'a rien de plus à duc que ça. Mais j'ai pour- 
tant écrit et j'écrirai encore d'autres choses sur 
le même sujet.) 

« * 

Nathanaël, j'aimerais te donner une joie que ne 
t'aurait donnée encore aucun autre. Je ne sais com- 
ment te la donner, et pourtant,, cette joie, je la 
possède. — Je voudrais m'adrcsser à toi plus inti- 
mement que ne l'a fait encore aucun autre. Je 
voudrais arriver à cette heure de nuit où tu auras 
successivement ouvert puis fermé bien des livres — 
cherchant dans chacun plus qu'il ne t'avait encore 
révélé ; où tu attends encore ; où ta ferveur va de- 
venir tristesse, de ne pas se sentir soutenue. Je 
n'écris que pour toi ; je ne t'écris que pour ces 
heures. Je voudrais écrire tel livre d'où toute pen- 
sée, toute émotion personnelle te semblât absente, 
où tu croirais ne voir que la projection de ta propre 
ferveur. Je voudrais m'approcher de toi et que lu 
m'aimes. 




La Mélancolie n'est que de la ferveur retombée. 

Tout être est capable de nudité ; toute émotion, 
de plénitude. 

Mes émotions se sont ouvertes comme une reli- 
gion. Peux-tu comprendre cela • toute sensation est 
d'une présence infinie. 

Nalhanaël, je t'enseignerai la ferveur. — Nos 
actes s'attachent à nous comme sa lueur au phos- 
phore. Ils nous consument, il est vrai, mais ils 
nous font notre splendeur. 

Et si notre âme a valu quelque chose, c'est 
qu'elle a brûlé plus ardemment que quelques 
autres. 

Je vous ai vus, grands champs baignés de la 
blancheur de l'aube ; lacs bleus, je me suis bai- 
gné dans vos flots — et que chaque caresse de 
il'air riant m'ait fait sourire, voilà ce que je ne me 
lasserai pas de te redire — Nathanaël ; je t'ensei- 
gnerai la ferveur. 

Si j'avais su des choses plus belles, c'est celles- 
l?i que je t'aiirais dites — celles-là, celles-là, certes 
et non pas d'autres. 

Tu ne m'as pas enseigné la sagesse, — ^fénalque. 
— Pas la sagesse, mais l'amour. 



J'eus pour Afér>a1<jue plus que d«i l'^rnil14. N?- 



TERRESTRES 19 

thanaël, et à peine moins que de l'amour... Je 
l'aimais aussi comme un frSre. 

Ménalque est dangereux ; crains-le ; il se fait 
réprouver par les sages, mais ne se fait pas craindre 
des enfants. Il leur apprend à n'aimer plus seule- 
ment leur famille et, lentement, à la quitter ; il 
rend leur cœur malade d'un désir d'aigres fruits 
sauvages et soucieux d'étrange amour. — Ah 1 
Ménalque — avec toi j'aurais voulu courir encore 
sur d'autres routes — mais tu haïssais la faiblesse 
et prétendis m'apprendre à te quitter. 

Il y a d'étranges possibilités dans chaque 
liomme. Le présent serait plein de tous les avenirs, 
si le passé n'y projetait déjà une histoire. Mais, 
hélas ! un unique passé propose un unique avenir 
— le projette devant nous, comme un pont in- 
fini sur l'espace. 

On n'est sûr de ne jamais faire que ce que l'on 
est incapable de comprendre. Comprendre, c'est 
se sentir capable de faire, assi mer le plus possible 
d'uumamté, voilà la bonne formule. 

Formes diverses de la vie — oh ! que vous mo 
parûtes belles. (Ce que je te dis là, c'est ce que me 
disait Ménalque.) 

J'espère bien avoir connu toutes les passions et 
tous les vices ; — au moins les ai-je favorisés.