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divendres, 12 de setembre de 2014

e réel : traité de l'idiotie Syndiquer le contenu Le réel est ce qui est sans double: il n'offre ni image ni relais, ni réplique ni répit. En quoi il constitue une «idiotie»: idiotès, idiot, signifie d'abord simple, particulier, unique, non dédoublable. Traiter de l'idiotie est évoquer le réel. Un réel lointain, car à jamais relégable dans le miroir. Un réel voisin, car toujours en vue. C'est une tentation inhérente à l'intelligence que de remplacer le réel par son double. Dans L'Ile de la raison, de Marivaux, tout le monde finit par quitter ses illusions et rendre justice au réel; tous sauf un, le philosophe. Probablement parce qu'un tel aveu suppose une vertu qu'aucun génie philosophique ne peut, à lui seul, produire et remplacer: l'art de faire coïncider le désir et le réel, qui est la définition de l'allégresse. Chez Clément Rosset, on fait d'intéressantes rencontres: le consul de Malcolm Lowry, qui s'est, comme à l'accoutumée, saoulé avec du whisky, Molloy, le «héros» de Samuel Beckett, et Monsieur Hulot, créature de Jacques Tati... Ce philosophe répugne à suivre les chemins trop fréquentés. C'est un esprit déconcertant, et, pour cette raison, attachant, qui avance à contre-courant des modes intellectuelles da gama et all e tal ... 1) toute réalité est nécessairement quelconque, oui - hormis le fait de sa réalité même, qui est l'énigme par excellence, c'est-à-dire tout le contraire du quelconque. 2) toute signification accorée au réel est illusoire, le hasard suffisant à tout expliquer, - oui - mais en précisant que le hasard rend compte de réel, en tant qu'il advient, nullement en tant qu'il est. 3) il n'y a pas de secret de l'histoire, -oui - mais il y a un mystère de l'être. What I call the void is where nothing exists. It is about things outside man's knowledge. Of course the void does not exist. By knowing what exist, you can know that which does not exist. That is the void.” ― Miyamoto Musashi, “By knowing what exist, you can know that which does not exist. That is the void. People in this world look at things mistakenly, and think that what they do not understand must be the void. This is not the true void. It is confusion.”

On peut assurément soutenir que le fait de donner raison au réel constitue le problème spécifique de la philosophie : en ce sens que c'est son affaire, mais aussi qu'elle n'est, en tant que telle, jamais tout à fait capable d'y faire face.
Le réel. Traité de l'idiotie (1997), Clément Rosset
D'expérience, on sait ce que c'est. En parler, pourtant, est une tâche difficile. Le réel est ce qui nous sort de nos rêves, ce à quoi on se heurte, ce qui nous échappe et nous dépasse. Aussitôt qu'on s'en fait une idée, qu'on le représente, qu'on l'imagine, on cesse d'être en prise sur lui : on lui substitue quelque chose qui est à notre mesure. Le réel, au contraire, est ce qui nous transcende. Que peut-on alors en dire ? Rien de direct, rien qui nous le révèle, seulement des remarques de biais, des paradoxes qui, en nous confrontant à l'impossibilité de l'atteindre, nous en rapprochent toutefois.
Le propos de Clément Rosset, dans cette libre digression, contemporaine d'un autre essai sur le même thème, Le Réel et son double (1976), est de nous donner quelques aperçus furtifs de notre rapport au réel. Littérature et philosophie sont convoquées pour témoigner non pas de ce qui est là, sous nos yeux, palpable et tangible, mais de ce qui est au contraire toujours au-delà, retranché en une singularité irréductible que nos significations et nos généralités ne font que recouvrir. L'idiotie du réel, c'est le fait qu'il ne soit jamais propre qu'à lui-même (du grec ancien, "idios" : qui appartient en propre à quelque chose ou à quelqu'un). Le comprendre, le dominer par l'intelligence, c'est toujours le trahir en de vaines spéculations. Le réel est à vivre, en des moments fugitifs et saisissants où nous cessons de coïncider avec nous-mêmes : désir de rien, panique, allégresse... Ce sont ces moments de dessaisissement que le philosophe traque pour les penser et en pointer la profondeur intime. --Emilio Balturi